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Étude de cas Carrefour Communautaire Homeward Bound

April 18, 2018 • 30 min read

Aperçu | les partenaires | la vision | le parcours | Avantages et valeur ajoutée | Leçons tirées et conseils

Description générale

L’Urban Indigenous Homeward Bound Hub réunit des fournisseurs de services et des leaders communautaires clés autour d’une vision commune à Dryden, une petite ville du Nord de l’Ontario. Le modèle de programme, qui repose sur la culture et les valeurs autochtones, illustre un moyen différent d’envisager la satisfaction des besoins et rassemble des fournisseurs de services dans le cadre d’une vaste initiative de transformation du système.

Le programme Homeward Bound aide les mères monoparentales mal logées à trouver un logement stable et à se préparer à entrer sur le marché du travail grâce à du rattrapage en matière de préparation à l’emploi et d’éducation. Il offre une gamme de services complets, comme des services de garde d’enfants pour des périodes de quatre ans.

L’Urban Indigenous Homeward Bound Hub de Dryden fait partie d’un réseau d’établissements offrant le programme Homeward Bound en Ontario. Le modèle d’origine de ce programme, créé par WoodGreen, a été adapté sur le plan culturel par six centres d’amitié de l’Ontario. L’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres a financé une étude de faisabilité pour savoir s’il était possible d’adapter le programme pour les Autochtones en milieu urbain, et depuis, soutient la création de programmes Urban Indigenous Homeward Bound.

En 2015, le centre d’amitié autochtone de Dryden s’est proposé pour diriger l’élaboration d’un programme Homeward Bound avec le concours et la participation active des fournisseurs de services de la région de Dryden, et les travaux sont en cours. Le centre a acquis un emplacement scolaire inutilisé, du financement a été approuvé, et les travaux de rénovation devraient avoir lieu à la fin de 2017. Le bâtiment abritera des logements pour 15 à 20 familles, un centre de l’Ontario pour la petite enfance et la famille, un centre de garde d’enfants de 30 places, des aires de rassemblement communes, et un espace dédié aux programmes pour les fournisseurs de services.


Les partenaires du carrefour et les groupes utilisant l’église aujourd’hui

Le dirigeant du carrefour

  • Le centre d’amitié autochtone de Dryden est un fournisseur de services établi à Dryden. Ayant fermé ses portes à la fin des années 2000 en raison de difficultés, l’organisme a depuis rétabli et réorienté ses services et emploie maintenant plus de 27 personnes pour offrir 17 programmes. Il a affecté des fonds récemment reçus et les revenus tirés de la vente d’un bâtiment à la réfection de son étage supérieur en vue de doubler l’espace et d’aménager une salle de conférence, une aire de repos, une salle culturelle, une cuisine, un café Internet et un espace disponible pour l’offre de différents programmes et mesures de soutien. La directrice générale du centre copréside le comité consultatif du carrefour.
  • Le Conseil des services du district de Kenora a négocié avec le Keewatin-Patricia District School Board et lui a acheté une école excédentaire en avril 2017. Il a travaillé avec la cité de Dryden à la préparation de modifications au règlement municipal sur le zonage et aux accords de plan d’implantation. Sa directrice des services sociaux intégrés copréside le comité consultatif. À titre de gestionnaire des services désigné pour le programme Ontario au travail, le Conseil offrira des services d’assistance sur place, notamment ceux d’un gestionnaire de cas, concernant le soutien du revenu, les subventions pour les services de garde d’enfants et les possibilités de rattrapage et de formation. Étant le gestionnaire des services à l’enfance désigné, il prévoit ouvrir un nouveau centre de développement de la petite enfance dans le carrefour (qui sera géré par le centre d’amitié autochtone). Il subventionnera les places en service de garde prévues.
  • Les Ontario Aboriginal Housing Services ont comme mandat de fournir des logements sécuritaires et abordables aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis qui vivent dans les milieux urbains et ruraux de l’Ontario. Ils bénéficient de financement des gouvernements fédéral et provincial dans le cadre du Programme d’investissement dans le logement abordable de l’Ontario, et demandent chaque année l’aménagement de logements sans but lucratif.

Pour certains logements, ces services agissent comme promoteur et gestionnaire de la propriété, et dans d’autres cas, ils se contentent de fournir les fonds à des fournisseurs de logements sans but lucratif, ou encore jouent le rôle de gestionnaire de la propriété. Ils gèrent d’ailleurs environ 80 % du portefeuille de logements destinés aux Autochtones en Ontario. À Dryden, ils rénoveront l’école en vue d’y aménager des logements.

Partenaires de programmes

  • La Dryden Literacy Association dispense de la formation de base et en alphabétisation, notamment sur des compétences en numératie, en informatique, en communication et en relations interpersonnelles, et prépare les apprenantes et apprenants à suivre des études, à pénétrer le marché du travail et à gagner leur indépendance. Ils aideront les participantes du programme Homeward Bound à évaluer leurs titres scolaires et leur situation d’emploi et offriront de la formation préparatoire à l’emploi ainsi que des activités de renforcement des compétences.

La directrice générale siège au comité de l’emploi et de la formation et préside le comité d’éducation et de formation (un groupe d’intervenantes et intervenants) de l’Interagency Council de la région.

  • Le Bureau de santé du Nord-Ouest, présent à Dryden, offre des services de santé publique dans le Nord-Ouest de l’Ontario. Il offrira du soutien aux participantes du programme sur le plan de la santé mentale et dans d’autres domaines de la santé.
  • La Dryden Development Corporation a participé aux études et à la préparation du projet, facilité l’acquisition du terrain et mis le groupe en relation avec la cité de Dryden.
  • Le Collège Confederation offre différentes mesures de soutien liées aux études et à l’emploi. Membre du comité de l’emploi et de la formation, il fournira des services de rattrapage scolaire ainsi que de la formation préalable à l’emploi et professionnelle, et mettra les participantes du programme en relation avec Northwest Employment Works et d’autres services d’emploi de la ville.

Conseillères et conseillers

  • WoodGreen a fourni des conseils et du soutien et fait connaître son expérience, ainsi que son modèle de programme et les outils et la trousse de mise en œuvre connexes.
  • L’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres a offert des conseils et de l’expertise tout au long du processus et participé aux études et à la recherche de ressources.
  • La cité de Dryden a fourni de l’aide et des conseils, tout particulièrement en ce qui a trait à la modification du zonage, à la planification et aux travaux de construction.

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la vision

Le modèle de programme Urban Indigenous Homeward Bound est une approche différente d’aide aux familles. Selon Henry Wall, directeur général de l’administration du Conseil des services du district de Kenora : « L’approche actuelle, très souvent, voue les gens à des emplois instables mal rémunérés, qui ne leur permettent pas de gagner assez pour élever une famille ». L’approche Homeward Bound change fondamentalement la manière dont les familles sont épaulées : elle met l’accent sur les mesures de soutien qui entourent une personne et sa famille à moyen ou à long terme et visent à répondre à leurs besoins particuliers et à les aider à devenir autonomes. Les fournisseurs de services de Dryden s’attendent à ce que cette approche comble certaines lacunes des services des différents secteurs mentionnés dans le Plan d’action pour les Autochtones en milieu urbain et fournisse aux familles une solution de rechange viable au programme Ontario au travail et à des emplois au salaire minimum, à temps partiel et précaires.

La vision comporte deux éléments importants qui illustrent et renforcent les croyances et valeurs autochtones :

  • Prestation de services visant à aider et à entourer la famille;
  • Rassemblement de services et de mesures de soutien dans l’optique de bâtir toute une communauté aidant la famille.

Le carrefour sera situé dans la Pinewood School – une école inutilisée depuis 2012 – sur un lot aménagé de six acres à Dryden. Écoutez Henry Wall, directeur général de l’administration du Conseil des services du district de Kenora, parler de l’achat de cette propriété en avril 2017.

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le parcours

  • Rassemblement des parties concernées

Les fournisseurs de services de Dryden ont mentionné, de façon informelle, la nécessité de mieux aider les familles autochtones. Ils ont sauté sur l’occasion de mener des études dans le cadre du processus d’élaboration du Plan d’action pour les Autochtones en milieu urbain, processus dirigé par le centre d’amitié autochtone. Ce dernier a organisé de vastes consultations communautaires et des tables rondes avec les fournisseurs de services qui ont ouvert la voie à des discussions et à des apprentissages conjoints sur les lacunes, les besoins, les possibilités et les idées. C’était la première fois que ces groupes se réunissaient pour parler de leur milieu et de leur travail. Les observations faites pendant l’élaboration du Plan d’action ont été transmises aux parties et ont servi d’assises aux initiatives que chaque fournisseur de services a réalisées en conséquence.

 

Relativement à la même période, l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres discutait avec WoodGreen du modèle de programme Homeward Bound et entamait une étude de faisabilité visant à déterminer si le modèle pouvait s’appliquer aux Autochtones.

 

À la suite du succès du processus d’élaboration du Plan d’action, des fournisseurs de services de Dryden ont mis sur pied un comité de l’éducation et de l’emploi au sein de l’Interagency Council. Voulant concentrer leurs efforts sur la conception des programmes dont la population avait besoin, ils ont établi un programme de préparation à l’emploi et renforcé l’appui à la création d’un programme du type Homeward Bound.

 

L’idée de lancer un programme visant à régler les problèmes persistants de faible revenu et de sous-emploi à Dryden commençait à prendre corps. En septembre 2015, le centre d’amitié autochtone a organisé une réunion avec 45 fournisseurs de services pour discuter des besoins en emploi et en formation. Les participantes et participants ont confirmé leur appui à la création d’une initiative Urban Indigenous Homeward Bound à Dryden. Ils ont convenu qu’il fallait établir un groupe d’intervenantes et intervenants clés prêts à réaliser l’investissement et à soutenir l’élaboration et la mise en œuvre du programme. Selon Sally Ledger, directrice générale du centre d’amitié autochtone de Dryden : « À la fin de la journée, les partenaires clés avaient été déterminés. Ils s’étaient proposés pour appuyer le projet et investir dans celui-ci. » Le centre d’amitié autochtone, chef de file dans son milieu qui offrait déjà des services complets, s’est imposé tout naturellement comme responsable du processus.

Modèle de programme

Le continuum du programme Urban Indigenous Homeward Bound (ci-dessous), conçu par des centres d’amitié autochtones, se fonde sur le cadre du modèle Homeward Bound de WoodGreen. Sally Ledger, directrice générale du centre d’amitié autochtone de Dryden, a parlé du programme à CBC Radio, dans l’émission « Superior Morning », en juin 2016.

 

La clientèle autochtone bénéficiera de soutien pour passer à travers les quatre phases du programme :

  1. Formation professionnelle et rattrapage scolaire (préparatoires) – Aptitudes essentielles, compétences professionnelles, formation en informatique, littératie financière, etc.
  2. Éducation ou exploration des carrières formelle – Maximum de deux ans dans un programme collégial ou menant à un diplôme.
  3. Stage et formation en milieu de travail – De 30 à 52 semaines.
  4. Emploi et autonomie – Appui du programme pendant un an, jusqu’à ce que les participantes deviennent autonomes.

 

L’ensemble du programme se fonde sur la consultation de la population et son accès aux ressources, et la participation du milieu d’affaires local. Les services complets comprendront l’offre de logements, du soutien du revenu, des services de garde d’enfants et des mesures de soutien culturel et des pairs.

Urban Indigenous Homeward Bound Continuum

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Comité consultatif

La création du carrefour est gérée par un comité consultatif du programme Urban Indigenous Homeward Bound composé de dirigeants du centre d’amitié autochtone de Dryden, du Conseil des services du district de Kenora et des Ontario Aboriginal Housing Services. La Dryden Literacy Association et le Collège Confederation, qui ont planché ensemble sur les mesures d’aide à l’emploi et aux études du programme, siègent eux aussi au comité consultatif.

 

Ce groupe reçoit l’appui de conseillers (WoodGreen, l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres, la cité de Dryden) par l’intermédiaire de sa société de développement économique. Un conseil de l’industrie, formé de représentantes et représentants du milieu des affaires local, sera mis sur pied et aura comme mandat de fournir des conseils et du soutien relativement au programme.

 

Dirigeants du carrefour

Même si les partenaires s’attribuent mutuellement la réussite du carrefour à ce jour, ils soulignent également l’importance du leadership assuré par le centre d’amitié autochtone.

 

Le centre était le candidat idéal pour diriger le carrefour, et ce, pour plusieurs raisons : il jouissait en effet d’une excellente réputation et était respecté pour son travail lié au plan d’action, réunissant différents organismes dans l’optique de discuter des problèmes et des perspectives de la communauté.

 

L’organisme, qui jouit de la confiance de la population, a été l’un des premiers à manifester son intérêt pour le modèle Homeward Bound quand il a été présenté par WoodGreen et l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres. Son approche consiste à offrir toute une gamme de services culturels et de soutien aux Autochtones; autrement dit, le centre possédait déjà de l’expérience avec des services complets de type carrefour. Enfin, la directrice générale, Sally Ledger, possédait les compétences nécessaires pour rassembler les parties intéressées, ainsi que le temps et la capacité d’appuyer l’initiative au fil des ans. Comme elle l’a expliqué, elle est une ardente défenseure du programme. Son travail repose principalement sur la consultation du milieu et la reddition de comptes envers celui-ci, et sur l’aide culturelle destinée aux Autochtones.

 

Capacité à créer le carrefour

Il faut du temps et des efforts pour établir les relations nécessaires à la création du carrefour. Wendy Olson, directrice générale de la Dryden Literacy Association, a indiqué que même si son conseil d’administration est très favorable à l’initiative et en voit les avantages à long terme, elle doit faire attention à ce que le carrefour ne monopolise pas son temps au détriment de son propre organisme. Il faut du leadership, du temps et un effort concerté pour créer un carrefour.

Mme Ledger est consciente que le projet de carrefour répond aux besoins de la population et en vaut assurément la peine, mais il ne fait pas partie de son mandat ou de ses fonctions. Elle devait donc s’occuper de cet extra à temps partiel.

 

L’un des principaux défis consistait à favoriser l’établissement de partenariats et, ensuite, à aider les partenaires à créer le carrefour. La directrice générale savait que l’initiative avait besoin de financement, mais le centre d’amitié autochtone ne disposait pas des ressources nécessaires. L’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres a accordé une subvention au titre du programme Urban Partnership pour financer un poste de coordonnateur de projet à temps partiel, une subvention qui a pris fin en mars 2017. Du financement a aussi été accordé par la Fondation Trillium de l’Ontario, lequel s’arrêtera en décembre 2017. « La rotation du personnel est l’une des difficultés. Il est impossible d’offrir des emplois stables quand on essaie d’échafauder un projet avec le financement de différents bailleurs de fonds », a expliqué Mme Ledger. Néanmoins, elle est très reconnaissante de pouvoir disposer de personnel qui se consacre au processus.

 

Une autre difficulté consistait à trouver des fonds pour passer à la prochaine étape du projet : l’aménagement et la mise en œuvre. Le financement affecté actuellement à l’élaboration du programme et du concept tarira à la fin de l’année, et on ne sait pas s’il sera possible d’obtenir du financement pour les étapes suivantes. Une demande pour une subvention locale de réduction de la pauvreté a été refusée, mais la proposition a été retravaillée avant d’être soumise de nouveau. Par l’intermédiaire de l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres, on tente également de décrocher une subvention de base dans le cadre d’un nouveau programme pour financer les sept programmes autochtones Homeward Bound, mais l’issue n’est pas encore connue.

 

Toutefois, le projet ne s’arrête pas là. Mme Ledger sait que d’autres parties intéressées veulent tirer des leçons de l’expérience réalisée à Dryden, et qu’il faudra évaluer le processus d’aménagement et la mise en œuvre. On prévoit évaluer l’initiative en collaboration avec WoodGreen, mais encore là, cet exercice nécessite des ressources.

 

Les partenaires sont frustrés qu’il y ait si peu de fonds disponibles pour concevoir des initiatives comme celle du carrefour de Dryden, et si peu, voire aucune ressource, appuyant la mise en œuvre et l’exploitation du carrefour. Si du financement n’est pas approuvé cet automne, le poste de coordonnateur de projet sera éliminé par manque d’argent.

Financement du carrefour

Henry Wall, directeur général de l’administration du Conseil des services du district de Kenora, a rencontré la direction de l’éducation du Keewatin-Patricia District School Board, et ils sont facilement arrivés à la conclusion commune que le programme Homeward Bound épaulerait mieux les enfants et les familles que le système de services actuel. M. Wall ajoute : « Nous avons convenu que l’école était un bien public et que c’était la meilleure manière de l’utiliser, et nous nous sommes entendus sur un prix inférieur à celui du marché pour l’emplacement scolaire et le bâtiment. »

 

Comme le Conseil des services du district de Kenora n’avait pas de budget pour l’achat, il a payé à même ses réserves. Il dispose d’un mécanisme de stabilisation de l’imposition servant à uniformiser l’imposition auprès des municipalités partenaires, et ce mécanisme lui a permis, au fil du temps, de se constituer une réserve; les membres ont convenu qu’elle pourrait servir à acheter la Pinewood School. Si l’initiative est couronnée de succès, les membres du Conseil espèrent que les réserves pourront avoir une utilité semblable dans d’autres municipalités du district au cours des prochaines années.

 

Les Ontario Aboriginal Housing Services se sont vu approuver un financement de 3,4 millions de dollars en octobre 2017 pour l’aménagement de 20 logements, à la condition qu’ils commencent la construction dans les 90 jours suivant l’approbation, d’où la précipitation de Justin Marchand, des Ontario Aboriginal Housing Services. Il estime que les services devront obtenir un prêt hypothécaire de 600 000 à 700 000 $ amorti sur 20 ans pour financer le réaménagement qui permettra de créer les logements. Le Conseil des services du district de Kenora devrait séparer le bâtiment et le terrain connexe et les céder ou les louer à long terme (durée de vie du bien) aux Ontario Aboriginal Housing Services à un prix minimal. Les négociations sont en cours.

 

Beaucoup de volets de l’aménagement du carrefour demeurent en suspens, mais il est difficile de passer à l’action. Le 16 octobre 2017, le conseil municipal de la cité de Dryden a approuvé les modifications au règlement municipal de zonage requises. La demande de modification du zonage n’a été approuvée que tout récemment, mais on ne sait pas encore s’il sera possible de financer d’autres volets ne touchant pas aux logements. Voici les explications de Mme Ledger : « Le problème réside en partie dans le calendrier de financement et la nécessité d’obtenir des fonds auprès de multiples programmes et sources ». Autrement dit, l’équipe n’a pas le temps de s’arrêter pour faire une planification détaillée, étant trop occupée à courir après l’argent et à attendre l’issue des demandes de financement. M. Marchand reconnaît l’incertitude entourant le projet : « Beaucoup de travail a été effectué en amont dans l’espoir que le programme soit financé. C’est risqué… mais le jeu en vaut la chandelle, vu la vision du programme et l’adhésion des partenaires. »

 

Le Conseil des services du district de Kenora a demandé du financement pour étendre le programme de la petite enfance et créer 30 places subventionnées en services de garde au carrefour, mais l’issue demeure inconnue.

Il faudra du financement des immobilisations supplémentaire pour effectuer les rénovations liées aux programmes autres que ceux de logement dans le carrefour, le centre de développement de la petite enfance et le centre de garde d’enfants.

 

D’après Mme Ledger, les partenaires ont un plan si, dans le pire des cas, ils n’arrivent pas à obtenir le financement requis. Ils sont très investis dans le projet et affichent une grande responsabilité par rapport à la population, et s’efforceront donc de continuer de trouver des fonds. Dans le pire des cas, les logements seront construits, mais ce sera probablement pas mal tout. Il s’agira néanmoins d’un gain important, bien qu’imparfait, pour la localité.

 

Viabilité financière constante

Le centre d’amitié autochtone gérera le programme du carrefour, et les Ontario Aboriginal Housing Services, la propriété. Ces derniers seront aussi le locateur des logements. Le prix de location devra couvrir les services publics et les coûts de fonctionnement et être établi au prorata, en fonction de la superficie de l’espace utilisé par le partenaire de services. Si des locaux sont mis à la disposition de groupes du secteur privé, la location sera facturée au prix du marché.

 

Réaction de la population

Certains des partenaires ont rencontré de l’opposition dans la population concernant de précédents aménagements prévus pour les Autochtones. À une occasion, la violence de la réaction a causé le rejet par la cité de Dryden d’une demande de modification du zonage d’un site où devaient être aménagés des logements pour les Autochtones étudiant à Dryden. Les partenaires voulaient éviter que l’histoire se répète ainsi que les réactions négatives de la population.

 

L’aménagement, par les Ontario Aboriginal Housing Services, de 30 logements abordables dans le centre-ville de Dryden illustrait un attachement à la qualité et à l’intégration de l’aménagement dans la localité. Lauréat d’un prix d’embellissement remis par une association du centre-ville, l’aménagement a reçu du soutien au niveau local et contribué à atténuer l’opposition au projet actuel. La cité était favorable au projet en raison de ce bilan; comme l’a souligné M. Marchand, des Ontario Aboriginal Housing Services : « Elle savait que le projet serait réalisé dans les règles de l’art et que la population en serait fière. »

 

Selon M. Marchand, les partenaires du programme Homeward Bound « ont fait preuve de proactivité auprès des voisins et leur ont expliqué ce qui allait être fait à l’école. Une équipe réunissant des employées et employés des différents partenaires a trimé dur pour communiquer de l’information sur le réaménagement proposé et le nouveau programme, car il était important à leurs yeux d’avoir l’appui des gens du secteur. Mme Ledger est d’ailleurs ravie que le projet ait l’aval des résidents du quartier. M. Wall, du Conseil des services du district de Kenora, estime qu’il est devenu un projet de la communauté, comme il a été constaté pendant la consultation communautaire relative à la modification du zonage de la propriété. Le projet a même été présenté dans un article du magazine de Bearskin Airlines.

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Avantages et valeur ajoutée

Même s’il ne s’agit pas d’un effet direct, il semble que le processus inclusif ayant mené à l’aménagement du carrefour ait inspiré des initiatives dérivées dans d’autres zones de services. En effet, le Conseil des services du district de Kenora collabore avec le Collège Confederation pour instaurer des services de garde d’enfants dans les écoles et aider davantage les étudiantes et étudiants ayant des enfants. Le Bureau de santé du Nord-Ouest, quant à lui, est le partenaire d’un refuge de Kenora. Le centre d’amitié autochtone, le Centre régional de santé de Dryden et le Conseil des services du district de Kenora travaillent avec la cité de Dryden à monter une initiative de transport dans la ville. Waasegiizhig Nanaandawe’iyewigamig, le centre d’accès aux services de santé pour les Autochtones de Kenora, a demandé du financement pour mettre sur pied une équipe interprofessionnelle autochtone en soins de santé, une initiative sur laquelle Sally Ledger voudrait tabler en installant une clinique de santé dans le carrefour. Comme pour d’autres carrefours, les relations s’établissant durant le processus de création inspirent des initiatives dans d’autres zones de services.

Le processus de création du carrefour profite à tous. Étant donné que les petites collectivités du Nord, comme Dryden, rencontrent chacune des problèmes qui leur sont propres, les différents acteurs du secteur des services doivent collaborer. Aucun fournisseur de services « n’a le monopole, et si chacun d’eux apporte sa contribution, ils peuvent renforcer la capacité » et « trouver des solutions à des problèmes locaux au niveau du système », a observé Henry Wall, du Conseil des services du district de Kenora. Les services et programmes offerts dans la collectivité sont de plus en plus connus, et les fournisseurs entretiennent des liens plus étroits entre eux. Les partenaires et Wendy Olson, de la Dryden Literacy Association, conviennent que le projet a été une initiative de longue haleine nécessitant beaucoup de travail, mais qu’il est stimulant de trouver des terrains d’entente et des solutions à des problèmes locaux.

 

Le modèle en lui-même profitera en outre aux femmes et aux enfants fréquentant le carrefour. Il est profondément enraciné dans les valeurs et la culture autochtones, procure aux familles des logements sécuritaires, abordables et de qualité, incorpore des activités de littératie et d’apprentissage, et facilite la transition vers le marché du travail et la viabilité. Ce modèle de programme, échelonné sur quatre ans, donne le temps aux participantes de passer à travers ses différentes phases.

 

Le processus d’aménagement du carrefour impliquait la participation des acteurs de la localité à une discussion sur le projet. Les dirigeants ont également communiqué avec la cité et le Conseil des services du district de Kenora et obtenu l’appui des politiciens locaux. Le projet d’établir un conseil de l’industrie pour faire participer le milieu d’affaires local permettra de renforcer davantage l’attachement au carrefour. Ces relations jouent un rôle important dans la réussite de l’aménagement et de l’exploitation du carrefour et dans la création d’une communauté forte à Dryden.

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Leçons tirées et conseils

Leçon tirée n° 1

La vision d’instaurer le programme Homeward Bound dans l’école a germé au fil de discussions tenues dans la localité durant plusieurs années. Elle n’a pas été imposée par une poignée de fournisseurs de services : elle s’est diffusée et consolidée avec le temps. Parallèlement, les parties intéressées étaient de plus en plus convaincues que la structure actuelle de services et de mesures de soutien devait changer, et il y avait là une occasion d’essayer un nouveau modèle de programme et une approche différente. Une vision solide et l’adhésion des partenaires à une nouvelle méthode de collaboration sont essentielles à la réussite du carrefour.

Leçon tirée n° 2

Le carrefour, c’est une question de relations. Au départ, il consiste en un groupe de personnes et d’organismes réunis par une vision et un objectif communs, soit de créer un carrefour ou un cercle d’initiés qui entourera et soutiendra des mères autochtones et leur famille.

Leçon tirée n° 3

Comme pour d’autres projets de carrefour, l’équipe de l’Urban Indigenous Homeward Bound Hub manifeste une volonté de prendre des risques : la propriété a été achetée avant la confirmation du financement, et les fonds d’immobilisations étaient conditionnels à l’exécution des travaux de construction dans les 90 jours, et ce, avant que l’équipe connaisse l’issue de diverses demandes de financement des immobilisations et de fonctionnement. Les dirigeants du carrefour ont évalué le niveau de risque, préparé des plans au cas où le pire arriverait, et continué de planifier pour obtenir un résultat optimal.

Leçon tirée n° 4

Aucun fournisseur de services ou décideur n’a la solution ou les ressources nécessaires pour satisfaire les besoins de la communauté. L’étude de cas indique que l’adoption d’une approche systémique de collaboration peut permettre aux organismes, collectivement, de mieux répondre à ces besoins. Les ressources communautaires, limitées, doivent être exploitées et déployées minutieusement. Le processus de création du carrefour définissait la vision et la philosophie du projet, et déléguait la responsabilité de certaines facettes de l’aménagement aux parties possédant une expérience et une expertise optimale.

Leçon tirée n° 5

Ce fut une sage décision de demander aux fournisseurs de services et aux dirigeants d’adhérer au projet dès le départ, et à un groupe principal de diriger l’aménagement et la mise en œuvre. Les rôles et les attentes étaient clairs, et le projet disposait de solides appuis dans le milieu des services, que les parties soient directement concernées ou non.

Leçon tirée n° 6

Les partenaires ont fait du porte-à-porte dans le quartier pour expliquer les rénovations proposées et les plans pour l’école inutilisée. Ce travail de communication directe avec les résidents du secteur, effectué en amont, a servi à éliminer la résistance au niveau local concernant la modification du zonage, résistance qui s’était déjà manifestée dans le cadre d’une précédente tentative de réaménagement.

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